Ce qu'on a vraiment appris à Londres sur l'avenir des fiduciaires

“I’m not a businessman; I’m a business, man!

Let me handle my business, damn”

Jay-Z, Diamonds From Sierra Leone.

Il y a quelques semaines, on était au Digital Accountancy Show à Londres, l'un des plus gros rendez-vous du secteur en Europe. Des dizaines de stands, de conférences, de démos. Un seul mot revenait partout : IA.

Et après deux jours à écouter, une conclusion s'impose, un peu à contre-courant de l'enthousiasme ambiant :

 
 

Tout le monde parle d’IA. Personne ne sait où ça mène.

Chaque éditeur de logiciel avait sa version de l'avenir. Chaque conférencier, sa prédiction. Les discours étaient assurés, les démos impressionnantes mais dès qu'on creusait, les réponses devenaient beaucoup plus floues. Comment ça va concrètement changer le métier dans 3 ans ? Quelles tâches vont vraiment disparaître ? Personne n'a de réponse ferme. Juste des convictions, parfois contradictoires d'un stand à l'autre.

Ce n'est pas une critique du salon, c'est probablement le reflet honnête d'une technologie qui évolue plus vite que notre capacité à en mesurer les effets.

Deux choses ressortaient clairement, elles, de façon unanime.

L'IA est déjà là. Pas dans cinq ans, pas comme une promesse lointaine. Dans les outils qu'on utilise déjà, dans la façon dont les tâches de saisie et de rapprochement sont en train de se transformer. Ignorer ça ou attendre que ça se stabilise avant d'agir n'est plus une option raisonnable.

Ça va changer fondamentalement la manière de travailler. Pas juste accélérer ce qu'on fait déjà. Redéfinir où va le temps et donc où doit se concentrer la valeur ajoutée humaine.

Le comptable ne disparaît pas. Ce qu’on met dans son métier change

Un point faisait consensus, lui, du début à la fin du salon : le métier de comptable ne va pas disparaître.

Ce qui va changer, c'est ce qu'on y met dedans. Moins de temps sur la saisie, le rapprochement, les tâches répétitives que l'IA fait déjà bien. Plus de temps sur ce qu'elle ne sait pas faire : comprendre une situation client dans son ensemble, conseiller, anticiper, décider. Exactement la direction dans laquelle on pousse déjà chez FIDBOX. L'automatisation pour libérer du temps, pas pour remplacer le jugement.

Un autre changement, moins visible mais tout aussi réel :

L'IA n'était pas le seul bouleversement en toile de fond à Londres. L'autre, plus discret mais tout aussi structurant : la financiarisation du secteur fiduciaire. Des fonds de private equity investissent de plus en plus dans des cabinets et une consolidation du marché est clairement en cours. Des groupes se construisent par rachats successifs, là où le secteur restait historiquement très fragmenté, cabinet par cabinet.

Les deux mouvements se combinent, et le constat est le même : c'est une période où tout change en même temps. La manière dont on travaille, la manière dont une fiduciaire s'organise, le service qu'elle doit rendre à ses clients. Passionnant à vivre de l'intérieur, mais avec énormément d'inconnues.

Ce qui est plus certain : les cabinets qui vont investir sérieusement là-dedans dans les 1 à 2 prochaines années vivront une période de transition difficile. Changer une organisation en pleine activité n'est jamais confortable. Mais ceux qui auront fait cet effort auront ensuite une avance considérable sur le reste du marché.

Les éditeurs de logiciels ne veulent plus seulement vendre du logiciel

Troisième tendance, plus discrète encore : plusieurs éditeurs de SaaS comptables ne se contentent plus de vendre un outil, ils veulent aussi faire du service. Autrement dit, rentrer directement sur le métier qu'ils équipaient jusqu'ici de l'extérieur.

Les chiffres vont dans ce sens. D'après un recensement des levées de fonds du secteur, 29 startups d'IA appliquée à la comptabilité ont levé près d'un milliard de dollars entre janvier et octobre 2026. Et une catégorie plus surprenante émerge : des cabinets « pilotés par l'IA », que l'on engage comme n'importe quel cabinet. L'IA fait le travail, un professionnel signe. Neuf sociétés de ce type ont levé plus de 80 millions de dollars, dont huit en Europe.

C'est un signal à prendre au sérieux, mais pas un signal de fin. Un logiciel peut automatiser la saisie, le rapprochement, la génération de documents, tout ce qui est mécanique. Ce qu'il ne remplace pas facilement, c'est le jugement professionnel engagé : la lecture d'une situation client dans son ensemble, la décision dans l'incertitude. C'est précisément cette couche-là qui doit rester visible et assumée. Ce qui différencie réellement un cabinet d'un outil, aussi bon soit-il.

Le logiciel automatise le mécanique. Le jugement, lui, reste humain.

Chercher l'innovation au bon endroit

Une dernière observation, plus personnelle : certaines fiduciaires ne vont déjà plus sur ce type de salon métier. Elles préfèrent les salons tech généralistes, là où se fait la vraie innovation.

Sur un salon comme celui-ci, on voit beaucoup d'outils pensés spécifiquement "pour la fiduciaire". Une prise de notes faite pour les comptables, par exemple. Souvent une solution honnête, mais pas la meilleure dans l'absolu. Sur un salon tech généraliste, on trouve le meilleur acteur du marché sur ce même besoin qui s'adapte très bien à une fiduciaire, sans avoir été conçu uniquement pour elle. Il n'y avait, par exemple, aucun stand autour des grands outils d'IA conversationnelle ou de communication d'équipe les plus utilisés aujourd'hui alors que ce sont précisément ces outils-là qu'une fiduciaire devrait regarder en priorité, plutôt qu'une version "métier" qui en fait moins.

Le marché s'ouvre dans ce sens : il y a de la valeur à regarder au-delà des solutions pensées pour notre secteur, plutôt que de se limiter à ce qui porte l'étiquette "fiduciaire".

Ce qu'on en retient

On ne va pas prétendre avoir toutes les réponses. Visiblement, personne à ce salon ne les avait non plus, que ce soit sur l'IA ou sur la suite du secteur.

Ce qu'on peut dire, en revanche, c'est où on se situe, nous. On regarde toujours hors des sentiers battus, ce qui se fait partout, pas seulement dans notre métier. Et il faut être honnête : en Suisse, on reste en retard. Il n'existe pas encore d'outil miracle conçu ici, et ça reste souvent beaucoup de bricolage.

Mais c'est précisément pour ça qu'on veille sur ce qui se passe ailleurs. Notre idée, c'est d'utiliser la meilleure technologie disponible, où qu'elle se trouve. Pas seulement ce qui existe en Suisse, mais ce qui se fait à l'étranger et qui peut s'adapter ici. Toujours dans cet esprit : think out of the box.

Envie d'échanger sur ces évolutions et ce qu'elles changent pour votre entreprise ? Contactez-nous.

Damien Astolfi